Couverture du catalogue E.C. Bénézit, Galerie Raphaël Gerard, 1938

Paris — Printemps 1938

E.C. Bénézit
expose

Galerie Raphaël Gerard — 4, avenue de Messine, Paris (VIIIᵉ).
Du 30 avril au 14 mai 1938.

Avant-propos de Louis Vauxelles

Avant-propos

Extraits choisis

« Entre l'hermétique sourcilleux et le séducteur trop complaisant, il y a place pour ceux qui réalisent ce problème : se faire apprécier des happy few, et, néanmoins, contenter le grand public. »

L'artiste qui se présente aujourd'hui aux amateurs a préféré suivre les pas de ces maîtres — La Fontaine, Corot, et, plus près de nous, Renoir, Sisley, Bonnard. C'est un excellent praticien, construisant avec soin, soucieux de cadence ; un dessinateur ferme et personnel, qui sait portraiturer avec une précision dénuée de sécheresse les oliviers au feuillage d'étain et de perle, au tronc noueux, les mimosas fragiles, les chênes-lièges et les pins parasols ; un coloriste épris d'accords justes, de valeurs exactes.

M. Bénézit vit en Provence, s'attachant à enrichir le musée d'Hyères, loin des cénacles, loin des coteries, loin des habitués de la Rotonde. Il transporte sa boîte et son chevalet, de ci de là, en cet Eden, en cet idéal atelier de plein air qu'est la Provence. Ce pays offre, en effet, la plus riche variété qui soit de motifs picturaux : la montagne et ses courbes, la mer céruléenne ou d'opale, les calanques et les plages, la plaine et la forêt ; ici, des champs gras et fertiles ; là, des étendues quasi désertiques, pierrailles, friches et garrigues, routes blanches de poudre ; plus loin, d'antiques cités lourdes d'histoire et de latinité, des villages à l'aspect fauve et sarrazin, des ports aux mille mâtures… Et cette lumière fluide, irisée, dorée, cet air vif et sec où se détachent les reliefs, ces ombres changeant sur les collines et les roches selon la marche du soleil… Quel séjour pour un peintre !

Parisien de naissance, il est aujourd'hui citoyen des terres heureuses. Fils d'un écrivain spécialisé en notre domaine, il a grandi naturellement dans l'atmosphère des œuvres d'art. Il fit ses premiers pas sous la férule bienveillante de Jean-Paul Laurens. « Mais, m'a-t-il écrit de sa thébaïde, je préférais la salle Caillebotte à l'atelier du patron ; ou, quand je souhaitais dessiner d'après le modèle, j'allais travailler, sans guide, à la Grande-Chaumière. Et surtout, dès que la température devenait clémente, je filais à la campagne, mon carnet de croquis sous le bras. »

Puis l'impressionnisme lui dessille les yeux, comme à toute la jeunesse d'alors ; il admire Sisley autant que Van Gogh et Cézanne ; mais, dès cette époque de tâtonnements, une probité instinctive lui interdit le pastiche, et il veut, ainsi que le prescrit Redon, « faire un art selon soi ».

De Cézanne, l'artiste a retenu la leçon : tâcher de « faire du Poussin sur nature ». Plus il avance dans son art, davantage il aperçoit la nécessité de la concentration et de la simplicité : dire le plus possible avec le moins de mots. « Je tâche d'éviter ce qui peut rappeler le peintre dans son tableau… En ce qui concerne le coloris, éviter qu'on sente le tube, et non la couleur. »

« Une de ses plus prenantes compositions, chez M. Raphaël Gerard, s'intitule le Printemps : il en émane une sensation de joie, de gaîté, d'optimisme. C'est bien la marque de cet art heureux, souriant, et qui lui vaudra l'applaudissement des connaisseurs. »

— Louis Vauxelles

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Il est des artistes dans l'œuvre desquels on n'entre pas sans peine. Ce sont les auteurs difficiles, à la pensée compliquée ; un Georges Rouault, par exemple, n'est guère à la portée de tous… Et que dire de Picasso et de sa brigade de géomètres ! (Je sais bien que plusieurs exégètes malintentionnés prétendent que la difficulté à comprendre certaines toiles cubistes provient de ce qu'il n'y aurait rien à comprendre.) Mais il peut advenir que le langage de l'artiste soit touffu, chargé telle une nébuleuse, énigmatique, et que nous devions faire effort avant de le déchiffrer. Aussi bien, n'est-ce pas particulier à l'art pictural : le Sacre du Printemps ou Charmes ne sont pas nourritures bonnes à la foule.

À l'autre extrémité se rencontrent les auteurs trop faciles, ceux qui, n'entendant point fatiguer leur public, visent d'abord à lui plaire, en banalisant l'axiome illustre : « La fin est la délectation. » Aimables, ils le sont volontiers trop, et leur sourire est commercial… Je ne citerai aucun exemple de cette seconde et nombreuse catégorie : la cimaise des Salons officiels, si vous en désirez des spécimens, vous comblera…

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Entre l'hermétique sourcilleux et le séducteur trop complaisant, il y a place pour ceux qui réalisent ce problème : se faire apprécier des happy few, et, néanmoins, contenter le grand public. Ce sont gens qui savent que le lecteur français aime la clarté, la concision, l'harmonie : La Fontaine, Corot, et, plus près de nous, Renoir, Sisley, Bonnard, Despiau, Laprade, n'ont-ils pas enchanté les délicats sans que leur langage cessât d'être universellement intelligible ?

L'artiste qui se présente aujourd'hui aux amateurs a préféré suivre les pas de ces maîtres : c'est un excellent praticien, construisant avec soin, soucieux de cadence ; un dessinateur ferme et personnel, qui sait portraiturer avec une précision dénuée de sécheresse les oliviers au feuillage d'étain et de perle, au tronc noueux, les mimosas fragiles, les chênes-lièges et les pins parasols ; un coloriste épris d'accords justes, de valeurs exactes. Ces vertus techniques, auxquelles s'adjoint la qualité d'une matière tantôt fine et lisse, ou, selon les cas, onctueuse sans surcharge d'empâtements, ne l'empêchent pas, bien au contraire, d'être un peintre qui ne recule pas devant l'agrément, et, plaisant aux uns et aux autres, mettra tout le monde d'accord.

Je m'empresse de dire qu'il ne fait aucune concession et travaille d'abord pour soi : la façon dont il a conduit sa carrière en est la preuve. M. Bénézit vit en Provence, s'attachant à enrichir le musée d'Hyères, loin des cénacles, loin des coteries, loin des habitués de la Rotonde. Il transporte sa boîte et son chevalet, de ci de là, en cet Eden, en cet idéal atelier de plein air qu'est la Provence. Ce pays offre, en effet, la plus riche variété qui soit de motifs picturaux : la montagne et ses courbes, la mer céruléenne ou d'opale, les calanques et les plages, la plaine et la forêt ; ici, des champs gras et fertiles ; là, des étendues quasi désertiques, pierrailles, friches et garrigues, routes blanches de poudre ; plus loin, d'antiques cités lourdes d'histoire et de latinité, des villages à l'aspect fauve et sarrazin, des ports aux mille mâtures… Et cette lumière fluide, irisée, dorée, cet air vif et sec où se détachent les reliefs, ces ombres changeant sur les collines et les roches selon la marche du soleil… Quel séjour pour un peintre ! Et comme on comprend M. Bénézit, combien on l'envie d'avoir pu s'évader !

Parisien de naissance, il est aujourd'hui citoyen des terres heureuses. Fils d'un écrivain, spécialisé en notre domaine, il a grandi naturellement dans l'atmosphère des œuvres d'art. Il fit ses premiers pas sous la férule bienveillante de Jean-Paul Laurens. « Mais, m'a-t-il écrit de sa thébaïde, je préférais la salle Caillebotte à l'atelier du patron ; ou, quand je souhaitais dessiner d'après le modèle, j'allais travailler, sans guide, à la Grande-Chaumière. Et surtout, dès que la température devenait clémente, je filais à la campagne, mon carnet de croquis sous le bras. »

Une toile, belle d'ailleurs, qui figure au mur de la Galerie Raphaël Gerard, l'Église Saint-Julien-le-Pauvre, date de ce début, vers 1912 ; c'est une analyse sévère, sobre, puissante.

Puis l'impressionnisme lui dessille les yeux, comme à toute la jeunesse d'alors ; il admire Sisley autant que Van Gogh et Cézanne ; mais, dès cette époque de tâtonnements, une probité instinctive lui interdit le pastiche, et il veut, ainsi que le prescrit Redon, « faire un art selon soi ». Il n'aura été le caudataire d'aucun chef de file ; il n'a cherché qu'à exprimer sa vérité.

Voici près de vingt-cinq ans qu'il a quitté nos brumes pour se retirer à Bormes, à Gassin, aux environs de Hyères. Venu au Midi, il lui fallut s'acclimater, le pénétrer, en comprendre le caractère. Et peu à peu, insoucieux des théories, des écoles, des modes, il s'est constitué son style, varié et pourtant homogène. Aucun maniérisme, nulle monotonie. Voici les platanes d'un boulevard à Avignon, large voie, blanche comme si le mistral l'avait balayée ; une clairière où filtrent les rais du soleil à travers les feuillages ; des oliviers à perte de vue, vaporeux dans le lointain, et précieusement ouvragés, à qui les regarde de près ; des amandiers en fleurs ; des vignes pourpres sous la lumière d'automne ; en un mot tout le Midi, mais un Midi qui est celui du peintre Bénézit.

De Cézanne, l'artiste a retenu la leçon : tâcher de « faire du Poussin sur nature ». Non certes que M. Bénézit songe à rivaliser avec les demi-dieux, mais il veut aussi à la fois être vrai, de la vérité objective, et équilibrer son œuvre, l'organiser, ne pas s'en tenir au morceau, à la découpure impressionniste.

Son registre est donc étendu, et il est assez rare qu'il rééditre deux fois le même effet. Plus il avance dans son art, davantage il aperçoit la nécessité de la concentration et de la simplicité : dire le plus possible avec le moins de mots. « Je tâche, m'écrit-il d'une formule saisissante, d'éviter ce qui peut rappeler le peintre dans son tableau… En ce qui concerne le coloris, éviter qu'on sente le tube, et non la couleur. »

M. Bénézit ne s'est guère montré à Paris, depuis une manifestation déjà ancienne sous les auspices de M. Barbazanges ; à l'occasion, il envoie une toile ou deux aux Salons d'avant-garde. Nombre de ses ouvrages se trouvent dans les musées d'Europe et de chez nous.

Une de ses plus prenantes compositions, chez M. Raphaël Gerard, s'intitule le Printemps : il en émane une sensation de joie, de gaîté, d'optimisme. C'est bien la marque de cet art heureux, souriant, et qui lui vaudra l'applaudissement des connaisseurs.

— Louis Vauxelles

Galerie

Raphaël Gerard

Adresse

4, av. de Messine
Paris VIIIᵉ

Dates

30 avril – 14 mai 1938